Je me suis dit que ça pourrait les intéresser (lol)
Ptah
Les hiéroglyphes dans le texte
1. Avertissements
Le but de ce document n’est évidemment pas de faire de vous des égyptologues spécialisés en écriture hiéroglyphique mais de permettre à ceux qui sont intéressés de traduire par eux même quelques titulatures de Pharaons et de leurs royales épouses.
Une longue introduction sera malheureusement nécessaire avant d’arriver au cœur du sujet car cet article ne se veut pas une vulgarisation mais bien un aperçu de la langue égyptienne dans toute sa subtilité.
Attention toutefois, ce document n’est pas construit comme un article scientifique. Il n’y a pas de références, pas de triples vérifications. Prenez-le donc pour ce qu’il est : la synthèse de MES connaissances sur le sujet. Je suis un amateur passionné; mais un amateur quand même. Malgré cela, je pense qu’il peut en intéresser plus d’un et qui sait, susciter chez certains plus qu’un intérêt passager.
2. Le contexte
La langue parlée par les égyptiens a connu, comme toutes les langues des évolutions et de révolutions. Il suffit pour s’en convaincre de voir les liens entre le Français actuel, le Français parlé au Québec, l’ancien François, et le latin dont ces langues sont issues.
Il serait donc logique de s’imaginer que l’écriture va refléter ces évolutions. C’est en partie vrai mais comme vous allez le découvrir (et je dirais heureusement) cela n’aura pas l’ampleur qu’on aurait pu craindre au regard notamment, de l’intervalle de temps qui sépare l’édification des grandes pyramides (~-2700) et l’avènement de Ramsès II (~-1300).
On l’a souvent répété, deux « miracles » ont permis à l’Egypte d’avoir été ce qu’elle fût : Le Nil et son administration. Les scribes notaient tout, comptaient tout.
Oui certes, mais quelle écriture utilisaient-ils pour rédiger ces comptes et comptes-rendus ?
Ils utilisaient une écriture cursive, le hiératique dont voici une illustration :

L’écriture se lit de gauche à droite.
Cette écriture, forme simplifiée de l’écriture hiéroglyphique était utilisée majoritairement par les scribes.
L’écriture hiéroglyphique était donc réservée à une élite, même parmi les scribes et évidemment aux membres du haut clergé et de la haute noblesse.
Il faut se rendre compte qu’il s’agissait quasiment d’un langage secret, connu seulement de quelques (tout est relatif quand même) initiés. Le danger qui guette les usagers d’un tel code est d'en oublier le sens, ou du moins que les symboles les moins usités soient peu à peu incompris. Ce point est essentiel pour comprendre la raison de ce qui autrement pourrait paraître obscur et dénué de sens. Nous y reviendrons par la suite.
Un autre point important est de savoir que cette langue a une double racine. On la classe d’ailleurs parmi les langues dites « chamito-sémitiques ». Elle est en partie issue des langues précurseurs du Berbère actuel (d’où le nom de chamitiques, du Cham biblique) mais a également un lien avec les langues sémitiques (du Sem biblique ayant donné l’arabe, l’hébreu, …).
L’écriture de la langue partage une particularité avec les écritures sémitiques à savoir que seules sont représentées les consonnes. Il est donc impossible de prononcer un mot sans l’avoir déjà entendu (on parle de vocalisation) !
Prenons un exemple : lgpd. Pas évident de deviner que je parlais de la logopédie. Tout aussi peu évident de prononcer un tel mot (et de le retenir). Aussi a-t-on pris l’habitude de compléter par des « é » ou des « è » en fonction du type de syllabes. Dans ce cas on aurait dit Légépéde. Plus facile à retenir mais quand même très loin du mot original. Heureusement il existe des semi-consonnes mais n’oubliez jamais ce point important. Quand on parle de nefertari. Pas de e, ni de a, ni de i.
Toutes les consonnes que nous connaissons en français se retrouvent dans la langue égytienne, à l’exception notoire du ‘L’. Par contre il y a d’autres consonnes qu’on ne recontre pas en français. Outre les 4 "h" de plus en plus gutturaux, il y a également le ‘dj’ (comme dans Djerba, Djellabah), le ‘tj’ comme dans Tchétchénie, le "â" (le "alif" arabe entre le è et le a) ainsi que quelques autres.
3. L’histoire, et les stades de la langue
Il y a 3 périodes phares dans l’histoire pharaonique : l’ancien, le moyen et le nouvel empire. Ces 3 périodes sont séparées par ce qu’on appelle habituellement les périodes intermédiaires, au nombre de deux. Elles ont en commun une féodalisation du système, ce qui a pour conséquence un éparpillement des moyens et la quasi-inexistence de vestiges significatifs.
Revenons sur les époques phares et voyons comment l’écriture et la langue ont évolué dans le temps.
3.1. L’ancien Empire (-2700 - -2200)
De cet époque nous vienne les constructions les plus imposantes : la pyramide à degré de Saqqarah (et son mur d’enceinte de 600 mètres de côté !), les pyramides du plateau de Gizeh, le Sphinx, .etc.
A cette époque l’écriture hiéroglyphique était la forme écrite de la langue parlée par les égyptiens.
3.2. Le moyen Empire (-2033 - -1786)
Paradoxalement, bien que cette époque soit relativement riche, il y a très peu de réalisations qui ont marqué les esprits. Citons néanmoins Sésostris et le début de l’implantation à Thèbes.
La langue parlée par les égyptiens a bien sur évolué depuis l’ancien empire mais est quand même relativement proche. L’écriture hiéroglyphique suit ces évolutions et est donc le reflet de la langue parlée par les égyptiens du moment.
3.3. Le nouvel Empire (-1500 - -1000)
C’est incontestablement la période la plus prolifique. Il y a tellement à citer qu’il est difficile de choisir : 19ème et 20ème dynasties (Ramessides), Temple d’Amon à Louqsor, vallée des rois et des reines, les principaux temples le long du Nil, etc.
La langue parlée a continué à évoluer tandis que la langue écrite (en hiéroglyphe) est restée figée dans la forme utilisée au moyen empire, devenant la langue de l’érudition et des rites religieux. Un peu comme le latin qui, pendant de nombreux siècles a été utilisé tant par les religieux dans la liturgie que par les savants de ces époques, alors que plus personne ne le parlait dans le quotidien.
Autrement dit, les écrits hiéroglyphiques qui nous sont parvenus, que ce soit du moyen ou du nouvel empire sont rédigés dans la même langue ! La connaissance de cette seule langue permet donc de décrypter une grande partie des textes d’époques. De plus, les différences entre l’écriture de l’ancien empire et celle du moyen empire sont suffisamment faibles pour permettre de s’y retrouver même face à des écrits plus archaïques.
3.4 Epoque greco-romaine (-500 - +300)
Il reste une époque, dont je n’ai pas parlé jusqu’ici mais qui bien que riche d’enseignements sort un peu du cadre de cette exposé, il s’agit de l’époque Ptolémaïque. Lorsqu’Alexandre le grand conquis l’Egypte, il la céda à l’un de ses généraux, Ptolémée. Celui-ci fonda une nouvelle dynastie qui s’éteindra avec la fameuse Cléopâtre 7. Il ne faut jamais perdre de vue qu’il s’agit d’une dynastie grecque !
La langue subit évidement de profonde modification et une nouvelle écriture voit le jour : le démotique (c’est d’ailleurs la 3ème écriture présente sur la pierre de Rosette, à côté du grec et de l’écriture hiéroglyphique).
3.5 Les Coptes (IIème et IIIème siècles)
C’est à cette époque que les premiers convertis au christianisme apparaissent en Egypte. A nouveau la langue évolue et un nouveau stade de la langue voit le jour. Descendante de la langue écrite en démotique mais s’écrivant cette fois-ci à l’aide de l’alphabet grec complété de 4 signes supplémentaires (les fameux 4 "h" plus ou moins gutturaux des langues sémitiques et totalement absents du grec classique).
Cette langue est celle des Coptes. Elle sera parlée jusqu’au 17ème Siècle de notre ère dans les monastères éponymes. Aujourd’hui, c’est une langue morte, utilisée seulement dans la liturgie.
Signalons que Champollion avait appris le Copte avant ses 18 ans. Cette connaissance lui sera très utile par la suite, bien qu’il mettra encore près de 20 ans à percer le secret des hiéroglyphes.