Les hiéroglyphes dans le texte

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Ptah
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Les hiéroglyphes dans le texte

Message par Ptah »

Ce soir sur le cc guilde plusieurs joueurs avaient l'air interessé par l'égypte.

Je me suis dit que ça pourrait les intéresser (lol)

Ptah

Les hiéroglyphes dans le texte
1. Avertissements
Le but de ce document n’est évidemment pas de faire de vous des égyptologues spécialisés en écriture hiéroglyphique mais de permettre à ceux qui sont intéressés de traduire par eux même quelques titulatures de Pharaons et de leurs royales épouses.

Une longue introduction sera malheureusement nécessaire avant d’arriver au cœur du sujet car cet article ne se veut pas une vulgarisation mais bien un aperçu de la langue égyptienne dans toute sa subtilité.

Attention toutefois, ce document n’est pas construit comme un article scientifique. Il n’y a pas de références, pas de triples vérifications. Prenez-le donc pour ce qu’il est : la synthèse de MES connaissances sur le sujet. Je suis un amateur passionné; mais un amateur quand même. Malgré cela, je pense qu’il peut en intéresser plus d’un et qui sait, susciter chez certains plus qu’un intérêt passager.

2. Le contexte
La langue parlée par les égyptiens a connu, comme toutes les langues des évolutions et de révolutions. Il suffit pour s’en convaincre de voir les liens entre le Français actuel, le Français parlé au Québec, l’ancien François, et le latin dont ces langues sont issues.

Il serait donc logique de s’imaginer que l’écriture va refléter ces évolutions. C’est en partie vrai mais comme vous allez le découvrir (et je dirais heureusement) cela n’aura pas l’ampleur qu’on aurait pu craindre au regard notamment, de l’intervalle de temps qui sépare l’édification des grandes pyramides (~-2700) et l’avènement de Ramsès II (~-1300).

On l’a souvent répété, deux « miracles » ont permis à l’Egypte d’avoir été ce qu’elle fût : Le Nil et son administration. Les scribes notaient tout, comptaient tout.

Oui certes, mais quelle écriture utilisaient-ils pour rédiger ces comptes et comptes-rendus ?

Ils utilisaient une écriture cursive, le hiératique dont voici une illustration :

Image

L’écriture se lit de gauche à droite.

Cette écriture, forme simplifiée de l’écriture hiéroglyphique était utilisée majoritairement par les scribes.

L’écriture hiéroglyphique était donc réservée à une élite, même parmi les scribes et évidemment aux membres du haut clergé et de la haute noblesse.

Il faut se rendre compte qu’il s’agissait quasiment d’un langage secret, connu seulement de quelques (tout est relatif quand même) initiés. Le danger qui guette les usagers d’un tel code est d'en oublier le sens, ou du moins que les symboles les moins usités soient peu à peu incompris. Ce point est essentiel pour comprendre la raison de ce qui autrement pourrait paraître obscur et dénué de sens. Nous y reviendrons par la suite.

Un autre point important est de savoir que cette langue a une double racine. On la classe d’ailleurs parmi les langues dites « chamito-sémitiques ». Elle est en partie issue des langues précurseurs du Berbère actuel (d’où le nom de chamitiques, du Cham biblique) mais a également un lien avec les langues sémitiques (du Sem biblique ayant donné l’arabe, l’hébreu, …).

L’écriture de la langue partage une particularité avec les écritures sémitiques à savoir que seules sont représentées les consonnes. Il est donc impossible de prononcer un mot sans l’avoir déjà entendu (on parle de vocalisation) !

Prenons un exemple : lgpd. Pas évident de deviner que je parlais de la logopédie. Tout aussi peu évident de prononcer un tel mot (et de le retenir). Aussi a-t-on pris l’habitude de compléter par des « é » ou des « è » en fonction du type de syllabes. Dans ce cas on aurait dit Légépéde. Plus facile à retenir mais quand même très loin du mot original. Heureusement il existe des semi-consonnes mais n’oubliez jamais ce point important. Quand on parle de nefertari. Pas de e, ni de a, ni de i.

Toutes les consonnes que nous connaissons en français se retrouvent dans la langue égytienne, à l’exception notoire du ‘L’. Par contre il y a d’autres consonnes qu’on ne recontre pas en français. Outre les 4 "h" de plus en plus gutturaux, il y a également le ‘dj’ (comme dans Djerba, Djellabah), le ‘tj’ comme dans Tchétchénie, le "â" (le "alif" arabe entre le è et le a) ainsi que quelques autres.

3. L’histoire, et les stades de la langue

Il y a 3 périodes phares dans l’histoire pharaonique : l’ancien, le moyen et le nouvel empire. Ces 3 périodes sont séparées par ce qu’on appelle habituellement les périodes intermédiaires, au nombre de deux. Elles ont en commun une féodalisation du système, ce qui a pour conséquence un éparpillement des moyens et la quasi-inexistence de vestiges significatifs.

Revenons sur les époques phares et voyons comment l’écriture et la langue ont évolué dans le temps.

3.1. L’ancien Empire (-2700 - -2200)

De cet époque nous vienne les constructions les plus imposantes : la pyramide à degré de Saqqarah (et son mur d’enceinte de 600 mètres de côté !), les pyramides du plateau de Gizeh, le Sphinx, .etc.

A cette époque l’écriture hiéroglyphique était la forme écrite de la langue parlée par les égyptiens.

3.2. Le moyen Empire (-2033 - -1786)

Paradoxalement, bien que cette époque soit relativement riche, il y a très peu de réalisations qui ont marqué les esprits. Citons néanmoins Sésostris et le début de l’implantation à Thèbes.

La langue parlée par les égyptiens a bien sur évolué depuis l’ancien empire mais est quand même relativement proche. L’écriture hiéroglyphique suit ces évolutions et est donc le reflet de la langue parlée par les égyptiens du moment.

3.3. Le nouvel Empire (-1500 - -1000)

C’est incontestablement la période la plus prolifique. Il y a tellement à citer qu’il est difficile de choisir : 19ème et 20ème dynasties (Ramessides), Temple d’Amon à Louqsor, vallée des rois et des reines, les principaux temples le long du Nil, etc.

La langue parlée a continué à évoluer tandis que la langue écrite (en hiéroglyphe) est restée figée dans la forme utilisée au moyen empire, devenant la langue de l’érudition et des rites religieux. Un peu comme le latin qui, pendant de nombreux siècles a été utilisé tant par les religieux dans la liturgie que par les savants de ces époques, alors que plus personne ne le parlait dans le quotidien.

Autrement dit, les écrits hiéroglyphiques qui nous sont parvenus, que ce soit du moyen ou du nouvel empire sont rédigés dans la même langue ! La connaissance de cette seule langue permet donc de décrypter une grande partie des textes d’époques. De plus, les différences entre l’écriture de l’ancien empire et celle du moyen empire sont suffisamment faibles pour permettre de s’y retrouver même face à des écrits plus archaïques.

3.4 Epoque greco-romaine (-500 - +300)

Il reste une époque, dont je n’ai pas parlé jusqu’ici mais qui bien que riche d’enseignements sort un peu du cadre de cette exposé, il s’agit de l’époque Ptolémaïque. Lorsqu’Alexandre le grand conquis l’Egypte, il la céda à l’un de ses généraux, Ptolémée. Celui-ci fonda une nouvelle dynastie qui s’éteindra avec la fameuse Cléopâtre 7. Il ne faut jamais perdre de vue qu’il s’agit d’une dynastie grecque !

La langue subit évidement de profonde modification et une nouvelle écriture voit le jour : le démotique (c’est d’ailleurs la 3ème écriture présente sur la pierre de Rosette, à côté du grec et de l’écriture hiéroglyphique).

3.5 Les Coptes (IIème et IIIème siècles)

C’est à cette époque que les premiers convertis au christianisme apparaissent en Egypte. A nouveau la langue évolue et un nouveau stade de la langue voit le jour. Descendante de la langue écrite en démotique mais s’écrivant cette fois-ci à l’aide de l’alphabet grec complété de 4 signes supplémentaires (les fameux 4 "h" plus ou moins gutturaux des langues sémitiques et totalement absents du grec classique).

Cette langue est celle des Coptes. Elle sera parlée jusqu’au 17ème Siècle de notre ère dans les monastères éponymes. Aujourd’hui, c’est une langue morte, utilisée seulement dans la liturgie.

Signalons que Champollion avait appris le Copte avant ses 18 ans. Cette connaissance lui sera très utile par la suite, bien qu’il mettra encore près de 20 ans à percer le secret des hiéroglyphes.
Dernière modification par Ptah le sam. 29 août 2009, 16:04, modifié 3 fois.
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Message par Ptah »

4. Les Hiéroglyphes

Ouf, nous y voici enfin. Vous vous en doutez, nous nous concentrerons que sur l’écriture utilisée au moyen et au nouvel empire.

A cette époque, un peu plus de 700 hiéroglyphes étaient utilisés. Pour vous donner une idée, à basse époque on en recense plus de 3000 montrant par la le côté décadent de cette période.

Les premières difficultés auxquelles on se heurte sont multiples :
- Il n’y a ni ponctuation, ni césure (séparation entre les mots),
- Les hiéroglyphes peuvent avoir 4 rôles différents,
- Il n’y a pas de voyelles, seulement des consonnes et des semi-consonnes,
- Le texte se lit de gauche à droite ou inversement, mais également de haut en bas.
- Parfois les symboles ne se lisent pas dans l’ordre où ils apparaissent, que ce soit pour marquer une déférence particulière ou simplement par souci de beauté graphique.

Ne nous laissons pas abattre par les difficultés et avançons progressivement.

4.1. La graphie

Lorsque l’on observe un texte écrit, on peut remarquer que les signes sont en général agencés de manière à former des carrés que l’on appelle des quadrats.

Image

En fonction de leurs formes, les différents hiéroglyphes peuvent soit occuper un quadrat entier, soit un demi quadrat horizontal ou vertical, soit un quart de quadrat, etc.

A de très rares exceptions près, les hiéroglyphes ont un sens de lecture. De ce sens on peut déduire la direction de la lecture. Bien souvent il y a des hiéroglyphes représentant des humains, des dieux ou encore des animaux. Prenez l’habitude qu’hormis dans certaines situations très exceptionelles on lit en allant contre le regard de ces signes. Sur l’image précédente, les hiéroglyphes se lisent donc de droite à gauche.

Sur l’exemple suivant on peut voir que les artistes n’hésitaient pas à user de double sens de lecture pour créer des effets de symétries.

Image

On voit immédiatement qu'à la deuxième ligne du texte commence au milieu (près de l’ankh) et reproduit deux fois le même texte.

Dans les 4 paragraphes qui suivent, une vingtaine de hiéroglyphes vont être présentés. Je vous recommande très vivement, soit d’imprimer ces pages, soit d’en recopier les hiéroglyphes ainsi que leurs pronociations / significations, soit encore mieux de les mémoriser. Par la suite, ce seront ces hiéroglyphes qui seront utilisés dans les exercices pratiques proposés. Si vous faites ce petit effort, vous aussi vous pourrez lire les hiéroglyphes dans le texte …

4.2. Le hiéroglyphe comme idéogramme

C’est évidemment le cas le plus simple. Le hiéroglyphe signifiant ce qu’il représente.

La plupart du temps, lorsque le hiéroglyphe à cette signification, il est accolé d’un autre hiéroglyphe représentant une petite barre verticale et signifiant le chiffre 1, comme pour préciser qu'on prend bien 1x la valeur du hiéroglyphe.

Trois exemples sont visibles sur la photo suivante :

Image

Dans la colonne de gauche on peut voir le rond, symbole du soleil suivi de la barre verticale. Il s’agit du soleil, en tant que tel. Le hiéroglyphe vaut alors un mot entier et vous le savez, le soleil se dit Ré (n’oubliez pas la précision importante faite au chapitre 2 et qui concernait la prononciation des sons).

4.3. Le hiéroglyphe comme phonogramme

C’est le cas le plus courant. Le hiéroglyphe ne vaut plus son image mais seulement un son, voir plusieurs sons. On parle de phonèmes.

Certains hiéroglyphes valent 1 consonne (on parlera d’unilitères), d'autres en valent 2 (les bilitères), d’autres encore 3 consonnes (trilitères).

Cela peut peut-être vous paraître étrange mais il y a une lettre de notre alphabet qui est en quelque sorte une "bilitère" et qui de surcroit peut se lire de deux manières différentes. Pensez à la lettre ‘x’. Dans le mot examen, elle vaut ‘gz’ (egzamen), alors que dans le mot axe la lettre vaut cette fois ‘ks’ (akse) …

N’oubliez pas qu’il existe près de 700 hiéroglyphes, aussi est-il normal de trouver plusieurs hiéroglyphes ayant la même valeur phonétique.

Voici quelques hiéroglyphes recontrés très fréquemment :

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4.4. Le hiéroglyphe comme déterminant

Il arrive qu’un hiéroglyphe soit ajouté afin de préciser le champ sémantique auquel le mot appartient. Celui-ci n’est pas prononcé lors de la lecture mais il aide à la compréhension du sens. Ceci est particulièrement pratique dans le cas des homonymes.

Image

Il est temps de se lancer. Si vous avez suivi jusqu’ici, la lecture des hiéroglyphes suivants devrait être assez facile.

Exercice 1 :

Qu’est-il écrit ci-dessous ? (solution à la page suivante)

Image

Quelques conseils pour vous aider :
- Commencez par déterminer le sens de la lecture (relisez le point 4.1 si vous ne trouvez pas).
- Remarquez ensuite comment les signes sont arrangés

Je vous conseille vivement de ne pas continuer la lecture si vous n'avez pas fait cet exercice.
Dernière modification par Ptah le ven. 9 janv. 2009, 12:27, modifié 1 fois.
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Ptah
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Re: Les hiéroglyphes dans le texte

Message par Ptah »

Solution 1 :

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- Sens de la lecture : le personnage regarde à droite, donc on lira de droite à gauche.
- Il y a 2 quadrats. Le premier contient un disque et une petite barre. Le second un silhouète humanoïde assise.
- Un hiéroglyphe suivi d’une petite barre -> il s’agit d’un idéogramme. Ici le soleil, Ré.
- La silhouète du second quadrat fait penser au déterminant divin.

Nul doute, nous avons affaire au dieu Ré !

4.5. Le hiéroglyphe comme appui graphique

Tout comme le déterminant, le hiéroglyphe qui sert d’appui graphique ne se prononce pas. Alors qu’on pourrait penser qu’un signe qui ne se lit pas complique le décryptage, il en va en fait tout autrement car l’appui graphique consiste en la répétition à l’aide d’un hiéroglyphe plus simple d’un son présent dans un autre hiéroglyphe plus complexe.

Un exemple vous aidera à comprendre. Très souvent on rencontrera le groupe de hiéroglyphe suivant :

Exercice 2 :

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En comparant avec les hiéroglyphes que nous avons vu jusqu’ici, essayez de trouver la valeur phonétique de ces 2 hiéroglyphes
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Re: Les hiéroglyphes dans le texte

Message par Ptah »

Solution 2 :

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En principe vous auriez du trouver : ‘m n’ + ‘n’.

La logique voudrait que ces deux hiéroglyphes valent ‘m n n’. En fait il n’en est rien car le ‘n’ est un appui graphique et ne se lit pas par contre, il confirme que le hiéroglyphe précédent est bien un ‘m n’.

Analysons ensemble l’exemple suivant tiré d’un papyrus :

Image

Et plus particulièrement ces hiéroglyphes :

Image

Les 3 hiéroglyphes encadrés valent respectivement ‘n f r’, ‘f’ et ‘r’. Malgré cela, ces 3 hiéroglyphes ne se lisent "que" ‘n f r’ !

Voici quelques autres exemples :

Image

4.6. Résumé et exemples

En résumé, les hiéroglyphes peuvent remplir 4 rôles. Dans deux des cas, les hiéroglyphes sont lus (ou du moins leur valeur idéographique est lue) et dans les deux autres, ils servent soit d’appui à la lecture, soit à la compréhénsion mais ils ne se prononcent pas.

Voici un exemple où les 4 types de sens sont présents :

Image

Et plus particulièrement :

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Cela ne devrait pas trop vous poser de problème : ‘I’ + ‘m n’ + ‘Ré’.

Quel dieu pourrait bien se nommer Imen-Ré ?

Vous l’aurez deviné, il s’agit d’Amon-Ré !

Nous l'avions vu dans la liste des hiéroglyphes bilitères, le mot 'p r' pouvait prendre plusieurs sens. Parmi ceux-ci : la maison ou encore le verbe sortir. Voici un exemple du verbe sortir avec un appui graphique et un déterminant qui indique bien la notion de déplacement :

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Voici quelques groupes de hiéroglyphes que vous devriez pouvoir traduire relativement aisément.

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Re: Les hiéroglyphes dans le texte

Message par Ptah »

Voici la signification des cartouches précédents :

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Source des cartouches : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d'Abydos

Voilà,

Bonne lecture à tous.

Je compte y adjoindre un complément de grammaire sur les genres et les nombres. En ajoutant quelques nouveaux hiéroglyphes, il devrait être possible de lire une titulature entière.

Sethy, de Per-Andjety.
Ptah, la légende des Guerriers, de Sargeras
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Re: Les hiéroglyphes dans le texte

Message par Ptah »

L'article que vous venez (peut-être) de lire a été écrit par votre serviteur pour un site de jeu de gestion qui a pour cadre l'égypte pharaonique.

Ptah
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Re: Les hiéroglyphes dans le texte

Message par Hieichan »

wow,

eh bien merci Ptah c'était vraiment très intéressant et surtout très bien expliqué, la preuve, je ne me suis pas trompée ds les exercices ^^

Tu as l'âme d'un professeur il n' y a rien a dire

J'attends la suite ^^
Maîtresse du yaoi/hentai @_@

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Ptah
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Re: Les hiéroglyphes dans le texte

Message par Ptah »

Les hiéroglyphes dans le texte

Voici le second article consacré à la lecture des hiérogplyphes dans le texte. Cet opus est un peu plus appliqué que le précédent mais pour pleinement profiter de celui-ci, je vous conseille de prendre le temps de lire la première partie.

5. Eléments de Grammaire

Un tableau récapitualtif reprendra en fin de chapitre les nouveaux hiéroglyphes introduits dans cette section.

Tout comme dans la plupart des langues, le masculin singulier n’est pas signé.

Cela signifie qu’hormis les mots invariables (noms propres, adverbes, etc.) qui peuvent évidemment être féminin (le nom d’une déesse par exemple), un mot est par défaut masculin et singulier et qu’il faudra y ajouter un affixe (préfixe ou suffixe) pour marquer le féminin, le pluriel et le féminin pluriel.

5.1. Genre

Dans le cas de l’égyptien, le féminin est marqué par un ‘t’ terminal. Ce qui nous donne l’occasion d’introduire un nouveau signe très utilisé :

Image

Voici 2 cartouches, à gauche celui d’un roi et à droite celui d’une reine. Le premier hiéroglyphe est le même dans les deux cas et signifie "Maître" et se lit "Neb". A droite, on peut voir qu’un ‘t’ suit, indiquant qu’il s’agit de la Maitresse qui se lit "Nebet".

Image

On peut voir dans l’image suivante les différents ‘t’ présents. A chaque fois ceux-ci indiquent un féminin :

Image

Attention toutefois, tous les ‘t’ n’indiquent pas un féminin ! Par exemple dans le cartouche de l’imagine précédente en figure un qui n’est pas entouré. Ce n’est pas une omission. Ce ‘t’ là indiquant juste qu’il y a un ‘t’ dans le nom de la reine en question.

5.2. Nombre

Le pluriel en égyptien se marque par la triple répétition du signe.

On peut notamment le voir dans ces trois exemples :

Image

La désinence du pluriel est le son ‘ou’. Dans le dessin de droite on peut reconnaître le hiéroglyphe netcher (n tj r, le dieu) qui est reproduit trois fois. Au pluriel, cela donne donc netcherou (n tj r w, les dieux). Les deux autres pluriels sont construits de la même manière : ‘Nesout’ pour les ‘trônes’ et ‘kaou’ pour les âmes* dont voici le singuliers et significations :

Image
*Remarque : L'akh, le ka et le ba, demanderait à eux seuls un article (qui dépasse mes connaissances).

Il arrive parfois qu’un hiéroglyphe valant ‘ou’ soit ajouté comme appui graphique après la triple répétition du signe :

Image
Remarque : n’ayant qu’un fragment du texte, je ne suis pas sûr à 100% que la lecture de ces hieroglyphes soit correcte.

Ceci nous permet d'introduire un nouveau signe unilitaire très fréquent :

Image

Une telle écriture est bien souvent lourde, aussi les égyptiens ont pris l’habitude de n’écrire le hiéroglyphe qu’une seule fois mais d’y accoler 3 petites barres indiquant le pluriel. De nombreux pluriels sont visibles dans le document suivant :

Image

5.3 Nombre "bis"

Si vous êtes futé, vous avez peut-être remarqué qu’on passe du singulier à pluriel mais celui-ci est directement désigné par la triple répétition. N’a-t-on pas sauté le cas de la double répétition ?

Si on désigne deux choses courantes, pas vraiment liées (comme 2 pains par exemple) on va utiliser la notation du pluriel habituel et marquer le pluriel par un ‘ou’.

Par contre, si les deux choses sont les parties d’un tout ou qu’elles sont intimement liées, il existe un mode appelé le "duel" et qui marquera clairement ce lien symbolique entre ces deux entités. La désinence du duel est la terminaison ‘ouy’.

Dans la plupart des cas le duel est construit en doublant le ou les hiéroglyphes concernés :

Image

Attachons-nous aux hiéroglyphes en dessous du Neb. On voit que 2 hiéroglyphes sont répétés. Le premier une barre horizontale est le hiérogjyphe ‘t ah’ qui signifie ‘la terre’. Le second est un petit trait oblique, parfois triangulaire. Il s’agit du déterminant qui indique qu’on parle de la terre.

Nous avons donc le couple ‘la terre’ + déterminant ‘terrien’ reproduit 2x. Il s’agit non pas de ‘ta’ ou de ‘taou’, respectivement le singulier et le pluriel mais bien du duel ‘taouy’. Les deux terres !

On appelle souvent l’Egypte les 2 terres (la haute et la basse Egypte) et c’est un cas typique de duel. Car ces entités forment à elles deux un tout. Parfois les déterminants sont absents et seuls subsistent les deux traits horizontaux.

Pour vous récompenser de vos efforts, nous pouvons maintenant quasiment traduire tout cet oushebti du Pharaon Toutankhamon. Le paragraphe suivant traite de la raison des inversions dans l’ordre de lecture des hiéroglyphes présents dans les cartouches mais en attendant voici la signification de ce texte :

Image

De haut en bas et de droite à gauche :

N tj r......n f r.......nb...............taouy..........( nb...............kh pr w.............Ra )
Le dieu parfait, maitre des deux terres, (maitre des transformations de Ré)

Les deux derniers hiéroglyphes se lisent ‘di’ ‘ankh’, doué de vie.

Image

Beau texte pour cet oushebti de Toutankhamon, dont le 4ème nom est Nebkheperouré !

5.4. Antéposition et jeu graphique

Vous avez probablement été surpris par l’ordre de lecture de certains hiéroglyphes dans les cartouches par exemple.

Si vous y regardez de plus près, vous verrez que s’il y a un dieu représenté, celui-ci occupe très souvent le début du cartouche :

Image

Les égyptiens ont agi ainsi par déférence pour le dieu. Même si celui-ci aurait du venir en fin mot, il est placé en début du mot. C’est ce qu’on appelle l’antéposition, ici dans ce cas on parlera d’antéposition divine.

Comme expliqué dans la première partie consacrée aux différents types de hiéroglyphes, il s’agissait d’une langue "secrète". Les mots compliqués étaient donc abondamment entourés d’appuis graphiques, de déterminant, manière qu’avaient les rédacteurs de s’assurer de la compréhension du lecteur. A l’inverse les mots courants, tels les noms des Pharaons et des Reines, donnaient une liberté presqu’infinie aux artistes. C’est presqu’un abus de langage de dire que les noms des Pharaons étaient des mots courant, mais n’écorchons-nous pas nous aussi les noms de nos présidents …

Nous avons maintenant tout à notre disposition pour lire et traduire ces cartouches. Ils appartiennent tous à des Pharaons et des Reines que vous connaissez … Rendons-nous sans attendre au Chapitre 6, consacré aux applications pratiques.
Dernière modification par Ptah le sam. 29 août 2009, 11:41, modifié 1 fois.
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Ptah
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Re: Les hiéroglyphes dans le texte

Message par Ptah »

6. Applications

Enfin ! Nous allons pouvoir traduire quelques fragments un peu plus imposants.

6.1. Noms de Reine et de Pharaon

Commençons par quelques cartouches de Pharaons et de Reines bien connus.

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La signification des signes présents avant le cartouche ont été vu au chapitre 5, on n'y reviendra donc pas.

Au milieu du cartouche on voit un vautour, accolé d’un ‘t’. Il s’agit de la Déesse Mout, la femme d’Amon.

Ensuite nous pouvons lire : n f r, i, t, r et deux petites barres. Il ne s’agit pas de la marque d’un duel mais de la répétition du roseau. Une sorte de double ‘i’ qu’on note habituellement par le y. Nous avons donc : nfr i t r y. Ne serait-ce pas la fameuse Nefertary ? Poursuivons. Nous avons un ‘n’, un ‘m r’ et un ‘t’.

Nous pouvons maitenant lire le nom en entier :

Nb t..................... taouy..........(Nfr i t r y....m r t...n Mwt)
Maitresse des Deux Terres, (Nefertary, l’aimée de Mout)

Un nouveau hiéroglyphe considéré comme un unilitère :

Image

Passons aux cartouches suivants :

Image

Il s’agit des 4ème et 5ème noms d’un pharaon. Commençons par le cartouche de gauche.

Vous reconnaissez immédiatement le hiéroglyphe Ra ainsi que le ‘m n’. Au milieu, une déesse ayant comme attribut une plume sur la tête et un ankh dans la main. C’est cette plume qui sert lors de la pesée du cœur dans la psychostasie au moment de savoir si le défunt a eu une vie juste ...… il s’agit bien sur de la déesse Maat, déesse de la justice.

Nous avons donc :
..m n.............. Mâat.....Ra :
stable est la justice de Ré

Occupons-nous maintenant de celui de droite :

Au dessus, 3 hiéroglyphe parmi lesquels on reconnaît un ‘t’. Le petit carré est le hiéroglyphe ‘p’ et la tresse est le hiéroglyphe pour le h.

Image

P t h et placé au début d’un cartouche. Ne serait-ce pas le dieu Ptah ?

En dessous un symbole pas très visible mais qu’on retrouve dans le cartouche n°5 plus lisible. Un dieu avec une tête d’animal fantastique, un long museau et deux drôles d’oreilles. Ne serait-ce pas l’inquiétant Seth ? Il est accolé du double roseau pour le double ‘i’ ou comme on l’a vu plus haut du ‘y’. Tout porte à croire que nous avons affaire à Sethy. Le ‘y’ a ici une signification, parfois traduit par ‘celui’ ou par ‘l’homme’.

Pour faire honneur à mon Nôme, c’est le même ‘y’ qui est à la fin d’Andjety. Celui d’Andjet.

Les deux hiéroglyphe du bas vous sont maintenant familiers : mr n. Autrement dit nous avons :

.......Sth y........ mr n....;.P t h
Celui de Seth, l’aimé de Ptah

Nous avons donc la titulature complète de mon Pharaon préféré (comment ça ?) Sethy 1er :

...m n............. Mâat..... Ra......... Sth y....... mr n..... P t h
stable est la justice de Ré, celui de Seth, l’aimé de Ptah

Elargissons un peu le champ et traduisons la titulature complète :

Image

Le neb taouy qui précède le cartouche de gauche est maintenant bien connu.

Au dessus du cartouche de droite, un devine un signe 'nb'. En dessous une sorte de diadème; il s'agit du hiéroglyphe 'ha', la couronne et les 3 traites du pluriels, donc 'haou'.

Attaquons-nous maintenant à la troisième colonne.

Nous avons déjà rencontré la première ligne. Il sagit du 'di ankh', doué de vie.

En dessous, à gauche du signe ré on peut voir un hiéroglyphe qui se lit 'mi' et qui signifie 'comme'.

La 3ème ligne est constituée d'un cobra, c'est un unilitère qui se lit 'dj'. Suivi du 't', il s'agit du mot 'dj t' (djet). Ce n'est pas très clair, mais la barre horizontale est le petit rouleau de papyrus, le déterminant qui indique l'abstraction. Il s'agit de djet qui signifie éternellement.

Nous pouvons donc traduire cette dernière colonne :

di....... ankh...... mi.... Ra...... djet
doué de vie, comme Ré éternellement

Nous avons donc :

Neb taouy ( Men maat Ré) nb haou (Sethy Meren Ptah) di ankh mi Ra djet
Le maitre des deux terres (Stable est la justice de Ré), le maitre des couronnes (Celui de Seth, aimé de Ptah) doué de vie comme Ré eternellement !

Heu modeste les égyptiens !

Les nouveaux hiéroglyphes :

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Dernière modification par Ptah le sam. 29 août 2009, 11:44, modifié 1 fois.
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Ptah
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Re: Les hiéroglyphes dans le texte

Message par Ptah »

(suite)

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Voici les 4ème et 5ème nom d’un autre pharaon très connu.

Etudions le cartouche de gauche en premier. En dessous du Ré, on peut voir une déesse assise. Elle a une plume sur la tête, c’est à nouveau Maat. Elle tient un étrange sceptre dans la main.Ce hiéroglyphe se lit ‘w s r’ et signifie la puissance.

En dessous, nous reconnaissons le signe pour ‘s t p’, le ‘n’ et à nouveau Ré.

Nous avons donc :

.......W s r………Mâat…… Ra...Setep n..Ra
Puissante est la justice de Ré, choisi de Ré

Occupons-nous à présent du second cartouche. Les 3 hiéroglyphes du haut ne réservent aucune surprise : ‘m r’ ‘I mn’.

En dessous à gauche, un dieu assis avec un disque sur la tête. Il s’agit d’une autre représentation du Dieu Ré. A gauche, un signe ‘m s’ et à sa gauche un nouveau signe unilitère, le ‘s’. Il s’agit d’un appui graphique. Il ne nous reste que le dernier hiéroglyphe qui lui aussi est un ‘s’.

Nous avons donc :

Ra .ms s m r I mn
Ramsès, aimé d’Amon.

Ra ms s … vous l’avez devinez, il s’agit de Ramsès et en prime il s’agit de Ramsès II.

Pour trouver la signification de Ramsès, nous allons étudier les 2 cartouches suivants :

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Commençons par celui de droite. Deux dieux se font face. A gauche on reconnait Ré, à droite il s’agit du dieu I mn (Amon, reconnaissable à ses 2 plumes). En dessous le symbole ‘m r’. En dessous on peut voir le ‘m s’, un ‘s’ (appui graphique). Le hiéroglyphe suivant est très important. Il se lit ‘s w’ et à plusieurs significations. Il s’agit soit du démonstratif ‘celui’, soit du roseau symbole de la Haute Egypte, soit d’un élément représantant la royauté (tel que dans nésout, le roi ou dans la hemet sout, la dame royale).

Nous avons donc : Ra, I mn, mr, ms sou. Dans le bon ordre cela donne :

Ra. ms.. sw... mr... I mn
Ré issu celui aimé Amon

Celui qui est issu de Ré, aimé d’Amon. Nous connaissons enfin la signification de Ramsès !

Attaquons-nous à celui de gauche.Au dessous nous avons mr I mn. Aimé d’Amon.

En dessous nous avons : Ra, ms + s comme appui graphique, 1 s supplémentaire.

Il s’agit à nouveau de Ramsès : Ra ms s.

Prenez le temps d’observez les 3 derniers cartouches. N’est-ce pas extraordinaire ? Cette liberté graphique, ce sont presque plus que des jeux de mots !

Les nouveaux hiéroglyphes :

Image

Cherchons à déchiffrer ces 2 derniers cartouches :

Image

La traduction du cartouche du dessus devrait être immédiate :

M n.......................kh p r.......... Ra
Stable est la transformation de Ré

On peut voir un Ibis sur une sorte de portique. Il s’agit du dieu Djéchouti (avec le ch prononcé comme dans lichen). Difficile de s’imaginer que c’est lui que les grecs ont appellés Thot.

Le hiéroglyphe suivant, nous l’avons rencontré parmi les bilitères, vaut ‘m s’ et signifie ‘issu de’, ‘enfanté par’. Nous avons donc le nom Djéchoutymès, plus connu sous le nom grec de Thoutmosis. Celui qui est issu de Thot.

Les deux hiéroglpyhes suivants (n f r et kh p r) signifie : parfait, la perfection et la transformation. Honnêtement, j’ai difficile à proposer une traduction satisfaisante. Sur la page de Thoutmosis III sur Wiki (http://fr.wikipedia.org/wiki/Thoutmosis_III), les traductions proposées ne me plaisent pas non plus.

A vous de vous faire une opinion.

Cela peut sembler curieux comme démarche, je le reconnais. Mais d’une part on touche à mes propres limites dans le domaine et d’autre part, il est important que chacun garde toujours la distance critique nécessaire, en particulier avec une langue morte depuis si longtemps.
Le RL, c'est comme un chef d'orchestre : il montre le tempo mais c'est à vous de jouer la note.
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